Accueil Date de création : 07/09/09 Dernière mise à jour : 26/02/12 13:35 / 205 articles publiés

Frère et soeur  (dans le fond de mon verre) posté le dimanche 26 février 2012 13:35

Mon frère est né un an avant moi. Il s'appelait Christian. Je ne l'ai jamais connu car il est décédé quinze jours après sa naissance d'une crise de méningite. Je l'ai aimé par l'intermédiaire de ma mère. Sa présence m'a beaucoup manquée. Je nous imaginais tous les deux, liés comme les cinq doigts de la main, complices dans nos jeux, nos secrets, nos amours.
J'enviais mes camarades qui avaient un frère ou une soeur. Pour combler ce manque affectif, je me les suis inventé.

J'ai été élevé jusqu'à l'âge de six ans par mes grands parents, dans un petit village creusois une bonne partie de ces six premières années de ma vie.

Une ferme du village est tenue par un couple d'agriculteurs. Ils ont une grande fille et un garcon : Simone et André.
Simone, l'ainée est une grande adolescente. Elle ne se destine pas à la terre. Elle poursuit ses études dans un  pensionnat de Guéret. Son but avoir son bac et entrer dans l'administration. André, lui, reprendra l'exploitation.
Simone revient au village pour les vacances. Tous les enfants lui collent "aux baskettes". Sa gentillesse, sa douceur en fait la grande copine de tous les gamins.  Elle me prend en affection et entreprend d'apprendre à  marcher à cette peste que j'étais. Dieu qu'elle a eu de la patience. - Allez fainéant debout, et elle me soulève par les aisselles en me faisant mettre un pied l'un devant l'autre
et un jour je suis parti tout seul. Simone est devenue ma "grande soeur".

Je m'attacherai à André beaucoup plus tard. Simone a réussi ses études. Elle quitte le village et même le département pour habiter à Paris.

Moi aussi, je suis devenu un petit parisien  qui va passer ses vacances chez ses grands parents en Creuse.
Il n'y a pas beaucoup d'enfants de mon âge et de plus, je suis le petit "parigot tête de veau". Alors je passe mes journées avec André.
C'est un grand jeune homme qui plait beaucoup aux filles. Très esclusif, je pense, si André se marie un jour, il ne sera plus mon copain. Il aura des enfants et ne s'occupera plus de moi. En attendant, il me trimbale sur son vélo, me fait monter à cheval, me fabrique des jouets en bois.

Arrive le temps du service militaire pour André. Nous sommes en pleine guerre d'Algérie. Partira, partira pas ? Tout le village tremble pour lui. Après une fin de permission, il doit passer par Paris  pour rejoindre sa garnison. Pour moi c'est, également, la fin des vacances. Je dois regagner Paris recouvrer  mes parents. André, propose de me prendre en charge jusqu'à la gare d'Austerlitz ou mon pére me recuperera.
J'ai environ sept ans. Nous sommes à la mi-septembre et il fait déja froid. Dans un train de nuit pas chauffé, je grelotte. André défait sa capote de militaire et m'enroule dedans en me serrant contre lui. Je suis bien au chaud,  je m'endors dans les bras de mon "grand frère".

Aujourd'hui, il est toujours mon grand frère. Il a bien vieilli suite à une longue maladie. Malgré ce poids,  il vient toujours me voir. Nous parlons du passé. Il est toujours mon confident lorsque la vie me chagrine.

A Paris, Simone était devenue l'amie de la famille. Elle venait souvent nous voir. Devenu un jeune ado, Simone m'emmenait avec elle à Bobino le music-hall de la rive gauche parisienne. Brassens, Barbara, Juliette Gréco, Anne Sylvestre, Félix Leclerc ont forgé ma culture musicale et mes pensées. Je cranais devant les copains : - ce soir je vais au spectacle avec ma grande soeur.

Simone, maintenant vit seule à Paris dans un petit appartement ou elle regarde avec philosophie les aiguilles de la pendule tourner. Dès qu'une occasion se présente, je vais embrasser ma grande soeur. Malgré un premier stade de maladie d'alzheimer, elle ne manque jamais de me rappeler que c'est elle qui m'a fait faire mes premiers pas.

Je pense que beaucoup aurait aimé avoir une grande soeur et un grand frère comme j'ai eu.

L'vieux

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Cadeau  (Les passantes du vieux) posté le mardi 21 février 2012 15:02

Blog de lascoux :la sagesse du vieux, Cadeau


Le masque de l'Amour silencieux

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La paire de claques  (dans le fond de mon verre) posté le vendredi 10 février 2012 22:20

Une paire de claques, rien de plus banale. Seulement chez moi, cela n'existait pas.
Il a fallu que j'atteigne les quinze ans pour la recevoir de la part d'une personne étrangère à ma famille.
J'avais une quinzaine d'années lorsque tout éberlué, je reçus cette punition. Je ne l'ai jamais oubliée, son auteur également, mais pas dans le sens que l'on peut imaginer.

Je passais le mois de juillet à Belle Ile en mer avec mon camarade Jean-Pierre et ses parents dans leur petite maison du village de Vazen.

Belle Île en mer est bordée de petites criques ou se prélassent de merveilleuses petites plages et criques très difficiles et dangereuses d'accès en particulier sur son coté "côte sauvage". C'est dans l'une de ces criques que mon camarade Jean-Pierre repère, flottant sur les vagues, une espèce de rondin d'environ un mètre cinquante de diamètre sur quatre vingts centimètres d'épaisseur avec un poids décuplé après plusieurs jours passés dans l'eau. Ce rondin était une énorme bobine. Elle devait servir à enrouler les câbles de bateau. Comment s'est elle trouvée là ? Mystère... toujours est-il que nous décidons de la remonter de cette crique afin de  la ramener au village comme un trophée.
Le drame sera que nous n'étions pas conscients de l'heure. Nous étions en maillot de bain et sans montre. Nous entreprenons la remonté de l'engin par la paroi abrupte de la falaise au risque de nous fracasser sur les rochers au bas de la crique.
Il nous faut prendre des précautions énormes. Chaque mètre nous prend un temps fou. Au bout de plusieurs heures, le trophée est sorti de la crique. Très fiers, nous le remontons, en le roulant jusqu'au village. Nous croisons des voisins qui descendent à la plage : Déja !

- ah vous voila ! On peut dire que vous êtes attendus là haut. Même la gendarmerie a été alertée.

Nous ne nous attendions pas à un tel accueil. Madame Anger la mère de Jean Pierre était en larmes. Quant au père Anger il était comme fou. Un mélange de colère et de joie de nous revoir vivants l'aveuglait totalement. Il se précipite sur nous. Jean-Pierre détale mais moi je reste figé devant un tel dénouement de cette aventure.
Je reçois une paire de claques à me dévisser la tête.
Beaucoup plus tard, je compris qu'elle ne m'était pas destinée. Le brave homme n'a jamais digéré son geste. Jusqu'à la fin de ses jours il a regretté son emportement non maîtrisé. Je ne lui en ai jamais voulu, le brave homme. Le rouleau est même resté très longtemps exposé dans le jardin. Il servait de table pour manger dehors.

Dernièrement, j'ai eu la joie de revoir mon camarade Jean-Pierre. Nous avons tous les deux bien changé. Lui est le portrait tout craché de son père de l'époque de la paire de claques. Les premiers mots de Jean-Pierre après les premières effusions des retrouvailles furent : tu te souviens du rouleau ?....

L'vieux

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L'EDREDON  (Ces objets à mémoire) posté le dimanche 05 février 2012 12:06

Blog de lascoux :la sagesse du vieux, L'EDREDON

Cet édredon est celui de ma grand-mère Yvonne. Il était un élément indispensable à sa vie. Eté comme hiver il était l'unique compagnon qui partageait sa couche. Elle ne pouvait pas dormir sans lui.

L'hiver de l'année 1956 a été un des plus rudes connus en Creuse. La vieille maison de mes grands parents présentait des signes inquietants de "vieillesse", notamment au niveau de la "couverture". Il fallait absolument refaire la toiture sous peine de la voir s'effondrer.
Ma grand-mère fait établir un devis. 500 000 F ! A l'époque c'était une somme. Ces braves vieux ont bien une petite retraite mais elle disparait quelques jours après l'avoir touchée. Faut bien s'habiller. Mon vieux grand père fait péniblement des journées chez les paysans du village, mais elles ne lui payent que son tabac. Alors comment faire ? Ma grand-mère réussit à ce faire embaucher comme bonne à tout faire chez les instituteurs du bourg voisin situé à cinq kilomètres de son village. Durant deux ans dès cinq heures du matin, elle fera tous les jours l'allez et le retour  de ce trajet à pied. La malheureuse est asthmatique. La moindre côte la cloue sur place surtout l'hiver dans la nuit guidée par une seule lampe électrique de poche et accompagnée par un molosse de chien que ses patrons lui confient afin d'apaiser sa peur provoquée par les drôles de silhouettes des arbres que la lune dessine.

Cet hiver 56 est donc terrible. On ne distingue plus la route. Des congères de plus de deux mètres de neige et de glace se dressent devant elle. Des crises d'asthme provoquées par le froid intense l'obligent à s'assoir à même la neige. Un soir, les chutes de neige s'étant intensifiées, ses patrons lui proposent de rester coucher chez eux.

- Mais je ne peux pas. Mon mari va s'inquiéter et puis je n'ai pas mon édredon ! Je ne peux pas dormir sans.

Elle reviendra le lendemain matin à son travail avec son édreton ficellé sur son dos et dormira sur place le temps que la neige fonde.

Depuis, c'est moi qui ne peut plus dormir été comme hiver sans l'édredon de ma grand-mère.
L'vieux

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mon copain Dédé  (dans le fond de mon verre) posté le mardi 24 janvier 2012 11:16

(Pour la bonne compréhension de cette nouvelle, L'vieux l'a écrite le soir du dernier téléthon).

La neige tombe. Il fait froid. La télévision m'informe que tous ces soirs seront tes soirées. La belle affaire ! La tristesse m'envahit. Tu me connais, je n'ai jamais accordé crédit à tout ce qui est médiatique. Ça sent le profit. Une odeur qui m'a toujours donné la nausée. Moi, je ne t'ai jamais rien promis. Je t'ai donné, comme ça, sans m'en apercevoir.

Tout petit, tu n'étais pas un enfant comme les autres. Chétif, tu avais du mal à te tenir sur tes jambes. Il paraît que cela venait que ta mère, la Marie, était enceinte de toi quand on lui a ramené le corps de ton père transpercé par un « brancard » de la carriole du boulanger d'Ajain, dans la descente du chêne que ton père, lui, descendait à vélo. Cela aurait « tourné le sang » de ta mère et aurait provoqué chez toi ces « difficultés »

Vient le temps de l'école. Tu prends , à pieds, avec les autres enfants du village, le chemin de Jouillat. Le moindre petit caillou te fait tomber. Tu te relèves tout seul. Tu ne veux pas l'aide des autres qui chantonnent : Attendez André ! Il est encore tombé ! Ta sœur, Nicole, ton aînée d'un an, essuie tes genoux écorchés. Parfois ta tête prend la première ce qui te fait de tristes bosses au front. Après une chute plus brutale qu'une autre Nicole te porte sur son dos jusqu'à l‘école. Brave Nicole !

Des années plus tard les vélos apparaissent. C'est le bonheur pour toi. Nicole en a un beau et avec un porte bagage. Tu seras le « bagage »

Tu as environ onze ans, moi dix. Je passe mes vacances chez ma grand-mère. Nous sommes devenus des copains. Des inséparables. Tout le restant de l'année tu passes ton temps à compter les jours. Encore un mois et « Titi » viendra en vacance. Tu marches de plus en plus mal. Tu tombes de plus en plus. Je te relève, tu retombes, je te relève. C'était nos vacances.

Une année, surpris de ne pas te voir le jour de mon arrivée, je demande à ma grand-mère :

- Et Dédé ?

- Descends le voir vas !

Arrivé à ta porte, je te vois assis sur une chaise. Tout de suite je te dis :

- Viens Dédé, si tu tombes je te releverais. Tu baisses la tête et en pleurant tu me réponds :

- Je ne peux pas, je ne peux plus

J'avais compris...

Après la chaise, ce fût le fauteuil roulant. Comme ça jusqu'à vingt ans. Je ne viens plus en Juillet. Je préfère faire le beau auprès des filles sur les plages de Belle Île en mer. Alors tu attends mon retour jusqu'au mois d'août. Revenu de la mer, je descend te voir tous les jours du matin jusqu'au soir. Je te raconte mes conquêtes du mois de Juillet. Tu souris et tu me dis :

- tu as bien de la chance !

Comme je regrette aujourd'hui cette insouciance de ma part. L'adolescence me voilait les yeux et me rendait cruel.

Un matin, je te trouve devant la fenêtre de ta chambre assis sur une chaise. Le fauteuil roulant laissé de côté. Je saute de joie.

- Tu vas mieux tu n'as plus besoin du fauteuil. ?

- Oui demain je pourrai descendre à la salle à manger.

Le lendemain matin, chez moi, mes parents décident d'aller faire quelques courses à Guéret. Nous rentrons en fin d'après midi. A peine descendu de voiture notre voisine se précipite vers moi en me disant : - Descends vite chez Dédé. En arrivant chez lui Nicole sa sœur et sa mère Marie me crucifient :

- Il t'a réclamé toute la matinée jusqu‘à la fin. C'était le seul jour que je n'ai pas passé avec lui.

Ces soirs, la télévision restera fermée. Je passerai ces soirées avec mon copain Dédé.

 L'vieuxdede rec

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